En France, plus d’une naissance sur cinq a lieu par césarienne. Pourtant, malgré cette fréquence, cette voie d’accouchement reste un sujet étonnamment tabou, souvent associé à un sentiment d’échec, de risque ou de perte de contrôle.
Cet article a pour but de briser ce tabou et de vous apporter toutes les informations nécessaires pour vous sentir en pouvoir, qu’il s’agisse de préparer un accouchement après césarienne (AVAC) ou de faire le choix d’une nouvelle césarienne. Car oui, la césarienne est une naissance à part entière. Utilisée à bon escient, elle est une chance immense, qui doit pouvoir être vécue pleinement, de façon respectée, et non pas subie.
Le saviez-vous ?
L’augmentation des taux de césarienne à l’échelle mondiale (avec des projections de l’OMS à 29% d’ici 2030) rend la question de l’AVAC d’autant plus pertinente. Ces augmentations sont inégales selon les régions du monde. Le taux peut atteindre 80 % dans certains pays notamment d’Amérique latine, des Caraïbes ou d’Asie. Depuis 1985, la communauté internationale considère que le taux de césarienne idéal se situerait entre 10 % et 15 %. En effet tout comme trop de césarienne altère la santé des mères et des bébés, un accès insuffisant à cette intervention est aussi un drame. En France, les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) et du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) ont été mises à jour pour accompagner au mieux les professionnel.les et les futurs parents. Cela a permis d’inverser la tendance dans notre pays, même si des efforts sont encore nécessaires.
AVAC vs césarienne programmée : quels facteurs personnels prendre en compte ?
L’AVAC permet d’accoucher par voie basse après une ou plusieurs césariennes antérieures. Le choix entre une tentative d’AVAC et une nouvelle césarienne programmée est une décision personnelle. Elle nécessité de prendre en considération des données médicales et de vos propres aspirations.
Les chances de réussite d’un accouchement après césarienne sont de 60 à 80%, un taux potentiellement équivalent à celui des femmes sans cicatrice utérine. Certains facteurs influencent ces chances :
- Facteurs à impact négatif : Un IMC > 30, le diabète ou les troubles hypertensifs peuvent diviser les chances de réussite par deux. Certaines causes de la césarienne précédente, comme la stagnation du travail, réduisent également les chances de succès de près de moitié. L’âge (> 35 ans) et une induction médicale du travail peuvent aussi avoir un impact négatif.
- Votre pouvoir d’action : Mais bonne nouvelle, hormis l’âge et la cause de la césarienne, vous avez la possibilité d’agir sur la plupart de ces facteurs grâce à l’hygiène de vie et aux conditions du nouvel accouchement
Les bénéfices et les risques de l'AVAC
Faire un choix éclairé, c’est comprendre les données qui l’entourent. Le principal risque évoqué dans un projet d’AVAC est la rupture utérine. Il est essentiel de mettre ce risque en perspective :
- Pour 10 000 femmes qui accouchent sans antécédent de césarienne, 1 à 2 auront une rupture utérine (soit 0,01%).
- Pour 10 000 femmes qui tentent un AVAC, 50 à 100 auront une rupture utérine (soit 0,5 à 1%).
Si le risque de rupture utérine est bien plus élevé en cas d’AVAC, il faut noter que le risque absolu reste faible.
En revanche, les bénéfices d’un accouchement après césarienne sont nombreux :
- Une récupération plus rapide et moins de risques de complications (infections, douleurs, hémorragies).
- Moins de risques de dépression postnatale et de troubles de l’allaitement.
- Une meilleure adaptation néonatale pour le bébé.
- Moins de risques pour les futures grossesses (anomalies du placenta, adhérences).
Une nouvelle césarienne pas sans risque
À l’inverse, une nouvelle césarienne, bien que prévisible, présente des risques opératoires non négligeables.
- Complications anesthésiques,
- infections,
- plaies de vessie,
- hémorragies,
- détresse respiratoire à la naissance pour bébé,
- récupération plus longue,
- risque accru de complications pour les grossesses suivantes
Tout cela est plus fréquents en cas de césarienne et n’est pas à négliger.
Faire le choix qui vous ressemble
Pour décider si l’accouchement après césarienne est fait pour vous, posez-vous les bonnes questions : est-il important pour vous de reprendre rapidement vos activités ? De favoriser l’allaitement ? D’avoir plus de deux enfants ?
Le choix final vous appartient. Pour mettre toutes les chances de votre côté :
- Comprenez vos antécédents : Demandez l’aide d’un.e professionnel.le neutre pour relire votre dossier médical et les causes de votre précédente césarienne.
- Trouvez un bon soutien : Entourez-vous d’une équipe de naissance (médical mais aussi doula) qui vous soutient et croit en l’AVAC.
- Préparez-vous : Travaillez sur les peurs et les traumatismes éventuels liés à votre précédent accouchement.
- Vivez le jour J de manière active : Favorisez un environnement calme, bougez et écoutez votre corps.
L’accouchement après césarienne peut être une expérience positive et réparatrice. Pour aller plus loin et obtenir une information complète basée sur les dernières preuves scientifiques
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Césarienne humaine et acte de courage
Pour finir je voudrais vous partager que le problème n’est pas la césarienne en elle-même. C’est la perte de maîtrise et de sens, ce qui peut arriver tout autant dans une naissance par voie basse, qui l’est. Si vous deviez revivre une césarienne, pour que l’intervention ne soit pas traumatisante, il est fondamental que vous restiez actrice des décisions, que vous puissiez poser des questions et que vous vous sentiez en sécurité.
Comme je l’écrivais dans ma préface pour le livre La naissance par voie haute du collectif Maman Césarisée, « je pense important de voir que la médicalisation, utilisée à bon escient, n’est pas un échec de la femme. […] et pour cela il faut que la femme ait pu être actrice des décisions et exprimer ses souhaits ».
Césarienne ou voie basse : l'important est le respect
Des initiatives comme la césarienne participative (ou « césarienne douce ») nous le prouvent. Développées au St. Thomas’ Hospital de Londres et proposées aujourd’hui dans des établissements comme l’hôpital Necker à Paris ou l’Hôpital de La Tour à Genève, elles permettent aux parents de participer activement à la naissance, de voir leur bébé naître, et d’avoir un contact peau à peau immédiat.
Donner naissance, quelle que soit la voie, exige une forme de courage. C’est un acte de force et de vulnérabilité mêlées. L’essentiel est de vous sentir en sécurité, d’exercer votre libre arbitre et de vous réapproprier votre corps et votre histoire
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