Se préparer à l’imprévu pour l’accouchement : est-ce se préparer à l’échec ?

Lorsqu’on prépare une naissance, une question revient souvent : Faut-il parler des imprévus ? Des changements de projet ? Des interventions que l’on préférerait éviter ? Des situations que l’on espère ne jamais rencontrer ?

Pour certaines personnes, préparer un accouchement imprévu revient presque à attirer les problèmes. Comme si envisager une césarienne, un déclenchement ou un changement de projet de naissance risquait de les rendre plus probables.

À l’inverse, d’autres considèrent qu’il faut tout anticiper. Tout connaître. Tout prévoir.

Entre ces deux positions, je crois pourtant qu’il existe une troisième voie. Une voie qui ne repose ni sur la pensée magique, ni sur la préparation anxieuse. Une voie fondée sur la flexibilité.

Le faux choix entre contrôle et résignation

Dans le domaine de la périnatalité, nous sommes souvent confrontés à une illusion. L’illusion que nous n’aurions que deux possibilités :

  • contrôler au maximum ce qui va se passer ;
  • accepter passivement ce qui arrivera.

Pourtant, la plupart des expériences humaines importantes ne fonctionnent pas ainsi. Une naissance encore moins et aucune préparation ne peut garantir un déroulement précis. Aucun professionnel ne peut promettre un scénario parfait. Aucun projet de naissance n’est une assurance tous risques. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas préparer sa naissance. Cela signifie simplement que la sécurité ne repose pas toujours là où nous pensons la trouver.

Pourquoi notre cerveau aime tant les plans A ?

Les neurosciences nous montrent que notre cerveau fonctionne comme une machine à prédire. En permanence, il tente d’anticiper ce qui va se passer afin de réduire l’incertitude. Lorsque la réalité correspond à nos attentes, nous nous sentons généralement en sécurité.

Lorsque ce n’est pas le cas, notre cerveau doit s’adapter.

Plus nous sommes attachés à un scénario unique, plus cette adaptation peut être difficile. Ce qui génère parfois de la souffrance n’est pas uniquement ce qui arrive. C’est aussi l’écart entre ce que nous avions imaginé et ce que nous sommes en train de vivre.

C’est particulièrement vrai lorsqu’un accouchement imprévu vient bouleverser un projet construit pendant plusieurs mois.

La flexibilité cognitive : une compétence précieuse pour la naissance

La flexibilité cognitive est notre capacité à adapter nos pensées, nos émotions et nos comportements lorsque les circonstances changent. 

Elle ne consiste pas à renoncer à ses souhaits. Elle ne consiste pas non plus à envisager toutes les catastrophes possibles.

Elle consiste à développer suffisamment de ressources pour continuer à agir lorsque le réel ne suit pas exactement le chemin imaginé. Autrement dit :

  • Je peux avoir des préférences.
  • Je peux avoir des valeurs.
  • Je peux avoir un projet.

Tout en sachant que plusieurs chemins peuvent parfois me permettre de préserver ce qui est essentiel pour moi.

Le principe du 80 / 20

C’est souvent ainsi que j’aborde la préparation à la naissance.

 

80 % du temps : nourrir ce qui est souhaité

Développer la confiance. Comprendre la physiologie. Identifier ses ressources. Choisir son lieu de naissance. Choisir son équipe. Clarifier ses valeurs. Construire un environnement favorable.

 

20 % du temps : développer sa flexibilité

Explorer certaines peurs importantes. Réfléchir à quelques scénarios significatifs. Identifier ce qui compte vraiment si les circonstances changent. Développer des réponses du type : « Si cela arrive, alors je pourrai… »

L’objectif n’est pas d’anticiper toutes les complications possibles. L’objectif est de créer suffisamment de souplesse mentale pour ne pas être totalement démunie si la route change.

Un accouchement imprévu n'est pas forcément un accouchement subi

C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes.

Nous associons souvent :

  • accouchement imprévu ;
  • perte de pouvoir ;
  • échec ;
  • traumatisme.

Or ces éléments ne sont pas synonymes. Une naissance peut être très différente de ce qui était imaginé tout en restant profondément respectueuse. Une femme peut être confrontée à des contraintes médicales réelles tout en conservant un espace de décision. Un projet peut évoluer sans que le pouvoir d’agir disparaisse.

À l’inverse, une naissance parfaitement conforme au scénario prévu peut parfois être vécue difficilement si la personne ne s’est pas sentie entendue, respectée ou impliquée dans les décisions.

Ce qui influence souvent l’expérience n’est pas seulement ce qui arrive. C’est aussi la manière dont cela arrive et c’est la base de la pratique Trauma-Informée que j’enseigne.

Les équipes ont elles aussi besoin de flexibilité

Cette réflexion ne concerne pas uniquement les futurs parents. Elle concerne également les professionnels.

Nous demandons souvent aux femmes d’être flexibles.

Mais il serait malhonnête de ne pas regarder également la part qui nous revient. Car accompagner l’incertitude demande aussi des compétences particulières :

  • écouter sans imposer ;
  • accompagner sans sauver ;
  • proposer sans convaincre ;
  • créer du dialogue lorsque les intérêts divergent ;
  • retrouver de la créativité lorsqu’aucune solution n’est parfaite.

Aucune de ces compétences ne s’improvise. Elles se travaillent. Elles se cultivent. Elles se développent collectivement.

 

Pourquoi cette réflexion m'a conduite à créer FACILICHOIX

Pendant longtemps, j’ai présenté FACILICHOIX comme une méthode de décision partagée et de facilitation du choix.

C’est toujours vrai.

Mais avec le temps, j’ai compris que ce que nous travaillons réellement dépasse largement la question du choix lui-même. Nous travaillons la capacité à accompagner les moments où le GPS affiche : « Recalcul en cours… »

  • Comment entrer dans l’univers de l’autre plutôt que projeter le nôtre.
  • Comment comprendre ce qui se joue derrière une décision.
  • Comment accompagner un processus humain vivant et complexe plutôt que défendre une option.
  • Comment maintenir le dialogue lorsque le stress monte.
  • Comment accompagner les choix contraints.
  • Comment préserver le pouvoir d’agir lorsque les circonstances changent.
  • Comment retrouver de la créativité lorsqu’aucune solution n’est parfaite.

Au fond, FACILICHOIX n’est pas seulement une méthode pour mieux choisir. C’est aussi une manière d’accompagner l’incertitude. Et c’est souvent précisément dans ces moments-là que se jouent les décisions les plus importantes.

 

En résumé

Se préparer à un accouchement imprévu n’est pas se préparer à l’échec.

C’est développer sa capacité à rester actrice de son expérience lorsque la réalité ne correspond pas exactement au scénario imaginé. Entre le contrôle absolu et la résignation, il existe une troisième voie : La flexibilité.

Car notre force ne réside peut-être pas dans notre capacité à tout prévoir mais dans notre capacité à nous adapter lorsque la route change et pour autant rester souveraine.

Tu veux aller plus loin ?

Formes toi avec moi et MAIEUTIFORM si tu es un.e professionnel.le ou lis mes livres et découvre mes ressources familles si tu es celle qui vit cette belle aventure !

 

Ces articles devraient t'intéresser