« Votre placenta vieillit il faut déclencher l’accouchement ! »
C’est une phrase que de nombreuses femmes entendent lorsque le terme approche. Parfois dès 40 semaines de grossesse. Parfois à 41 SA. Parfois même avant lorsqu’un déclenchement est proposé. Cette phrase est souvent prononcée avec de bonnes intentions : expliquer pourquoi une surveillance plus rapprochée ou un déclenchement de l’accouchement peuvent être envisagés. Mais elle peut aussi générer beaucoup d’inquiétude et etre utilisée comme un moyen de pression abussif.
- Mon placenta est-il en train de ne plus fonctionner ?
- Mon bébé est-il en danger ?
- Dois-je accepter un déclenchement immédiatement ?
Comme souvent en périnatalité, la réalité est plus nuancée que les slogans. Voyons ce que dit réellement la science.
Le placenta possède-t-il une date de péremption ?
La réponse courte est non. Le placenta ne devient pas brutalement défaillant le jour du terme ou à 41 SA. Comme tous les organes, il évolue au fil du temps. Au cours de la grossesse :
- sa structure se modifie ;
- des calcifications peuvent apparaître ;
- certaines fonctions peuvent diminuer progressivement.
Ces changements sont normaux.
Ils ne signifient pas automatiquement que le placenta fonctionne mal. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, il n’existe pas de date précise à laquelle le placenta serait soudainement « périmé ». Le vrai sujet n’est donc pas l’âge du placenta mais sa capacité à répondre aux besoins du bébé à un moment donné.
Un placenta calcifié signifie-t-il qu'il ne fonctionne plus ?
Non plus. C’est probablement l’une des idées reçues les plus répandues en fin de grossesse. Lorsqu’une échographie mentionne un « placenta calcifié », beaucoup de femmes imaginent que leur placenta est en train de s’abîmer ou de ne plus nourrir correctement leur bébé. Pourtant, les données scientifiques sont plus nuancées.
À l’approche du terme, les calcifications placentaires sont fréquentes et font partie des modifications normales observées avec l’avancée de la grossesse. Elles traduisent davantage une maturation du placenta qu’une preuve de défaillance.
Ce qui est intéressant, c’est que les études n’ont pas retrouvé d’augmentation significative du risque de mort fœtale chez les femmes présentant simplement un placenta calcifié à terme. Autrement dit :
Voir des calcifications sur une échographie ne signifie pas automatiquement que le placenta fonctionne moins bien.
Ni que le bébé serait nécessairement mieux dehors que dedans
Alors pourquoi les médecins s'y intéressent-ils ?
Parce que la situation est différente lorsque des calcifications importantes apparaissent précocement et qu’on confond le risque à terme et celui avant terme (prématuré avant 37SA).
Une étude portant sur plus de 3000 grossesses a montré que les calcifications placentaires observées avant 36 SA étaient associées à davantage de bébés de petit poids et de retards de croissance fœtale. Dans cette étude :
- les placentas de grade 3 avant 36 SA étaient associés à un risque de retard de croissance environ 3 fois plus élevé que chez les femmes sans calcifications importantes.
La nuance est donc essentielle :
👉 Des calcifications à 41 SA ne veulent pas dire la même chose que des calcifications importantes observées à 30 ou 32 SA.
Dans tous les cas, à terme, même lorsque des modifications du placenta sont observées à l’échographie, elles ne permettent pas à elles seules de conclure qu’un bébé serait mieux dehors que dedans. C’est pourquoi la décision de poursuivre ou non une grossesse ne repose généralement pas sur l’aspect du placenta uniquement, mais sur une évaluation globale de la situation
Alors pourquoi parle-t-on davantage de risques après 41 SA ?
Parce que les risques évoluent réellement lorsque la grossesse se prolonge. C’est un point important. Dire que le placenta n’est pas « périmé » ne signifie pas qu’il n’existe aucun risque à attendre. Les études montrent que certaines complications deviennent progressivement plus fréquentes après le terme :
- mort fœtale in utero ;
- liquide amniotique méconial ;
- syndrome d’inhalation méconiale ;
- certaines complications néonatales ;
- certaines complications obstétricales.
La question n’est donc pas :
« Le placenta est-il périmé ? »
Mais plutôt :
« Dans ma situation, les bénéfices d’attendre sont-ils supérieurs aux risques ? »
Ce que signifient réellement les chiffres
Et justement le risque le plus souvent avancé et qui nous fait si peur, celui des Mort Foetal In Utero (MFIU). Sur 10 000 grossesses encore en cours :
Selon les études utilisées, les estimations ne sont pas exactement les mêmes :
| Terme | Estimations basses | Estimations hautes |
|---|---|---|
| 40 SA | 9 995 vont bien VS 5 décèdent | 9 993 vont bien VS 7 décèdent |
| 41 SA | 9 992 vont bien VS 8 décèdent | 9 983 vont bien VS 17 décèdent |
| 42 SA | 9 989 vont bien VS 11 décèdent | 9 968 vont bien VS 32 décèdent |
👉 Les chiffres exacts varient selon les études (1;2) et les méthodes utilisées. En revanche, toutes montrent la même tendance : le risque augmente progressivement avec l’avancée du terme. C’est aussi pour cela que les données scientifiques ne devraient jamais être utilisées seules, mais toujours mises en perspective avec la situation particulière de chaque femme et de chaque bébé.
On entend donc souvent dire : « Le risque double ou quadruple presque entre 40 et 42 SA. » Cette affirmation est vraie. Mais une autre affirmation est également vraie : « Plus de 99,6% des bébés vont bien même à 42 SA. »
Les mêmes chiffres. Deux façons très différentes de percevoir la situation. C’est ce que les chercheurs appellent l’effet de cadrage. La manière dont une information est présentée influence fortement la perception du risque et parfois les décisions qui en découlent.
Faut-il accepter un déclenchement à 41 SA ?
Et quoi surveiller ?
Il n’existe pas une réponse universelle. Selon les recommandations françaises du CNGOF (4), lorsque la grossesse se prolonge au-delà de 41 SA, l’objectif n’est pas uniquement de décider s’il faut déclencher ou non. Il s’agit aussi d’évaluer régulièrement la situation de la mère et du bébé afin d’adapter la prise en charge à l’évolution de la grossesse.
Autrement dit, le dépassement de terme n’est pas considéré comme une urgence en soi, mais comme une situation qui justifie davantage de surveillance, de réévaluation et de dialogue autour des différentes options possibles.
Certaines situations rendent un déclenchement particulièrement pertinent :
- diminution des mouvements fœtaux ;
- retard de croissance ;
- liquide amniotique diminué ;
- hypertension ;
- diabète ;
- anomalies du rythme cardiaque fœtal ;
- autres facteurs de risque maternels ou fœtaux.
Dans ces situations, le rapport bénéfice-risque peut évoluer. À l’inverse, lorsqu’une grossesse se déroule normalement, certaines femmes souhaitent poursuivre la grossesse avec une surveillance adaptée et une information claire sur l’évolution des risques. L’essentiel est que la décision soit prise à partir d’informations comprises et discutées.
Comment surveiller ?
Lorsqu’une grossesse se déroule normalement, les recommandations françaises proposent généralement une surveillance renforcée afin de réévaluer régulièrement la situation. Cette surveillance peut inclure :
- l’attention portée aux mouvements du bébé
- l’évaluation de la quantité de liquide amniotique par echographie
- l’enregistrement du rythme cardiaque fœtal
- la réévaluation régulière de l’état de santé de la mère et du bébé.
Le tout, toutes les 48 heures. Certaines femmes choisiront alors un déclenchement. D’autres préféreront poursuivre la grossesse sous surveillance.
L’essentiel est que la décision soit prise à partir d’informations comprises, discutées et adaptées à leur situation particulière.
Les questions à poser avant de décider
Si un déclenchement vous est proposé parce que « le placenta vieillit », vous pouvez demander :
- Qu’est-ce qui vous fait penser que mon bébé serait mieux dehors que dedans aujourd’hui ?
- Existe-t-il des signes montrant que le placenta fonctionne moins bien ?
- Est-ce le terme seul qui motive cette proposition ?
- Quels sont les bénéfices et les risques d’attendre encore ?
- Quelle surveillance est possible si je préfère attendre ?
Comprendre le raisonnement derrière une proposition permet souvent de prendre une décision plus sereine.
En conclusion
Le placenta n’est pas un yaourt avec une date limite de consommation. Mais cela ne signifie pas non plus que les risques restent strictement identiques à 39, 41 ou 42 SA.
Entre alarmisme et banalisation, il existe une troisième voie. Celle qui consiste à comprendre les données, les replacer dans sa situation personnelle et participer pleinement aux décisions qui concernent sa grossesse. Parce qu’un choix éclairé ne naît pas d’une date sur un calendrier. Il naît de la rencontre entre les données scientifiques, la situation particulière d’une femme et ce qui compte réellement pour elle.
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Biblio :
Muglu J, Rather H, Arroyo-Manzano D, et al. (2019).
Risks of stillbirth and neonatal death with advancing gestation at term: a systematic review and meta-analysis of cohort studies of 15 million pregnancies. PLOS Medicine.
Rosenstein MG & al (2012)
Risk of Stillbirth and Infant Death Stratified by Gestational Age. Obstetrics & Gynecology.
Siargkas A, et al. (2025).
The Association of Placental Grading with Perinatal Outcomes: A Meta-Analysis. Diagnostics.
CNGOF (2011). Grossesse prolongée et terme dépassé : recommandations pour la pratique clinique.