Faire un choix éclairé pour l’accouchement : ni recette magique, ni intuition floue

Faire un choix éclairé pour son accouchement

Dans le champ de la santé, de la maternité ou même dans notre posture de professionnel·les, faire un choix pour l’accouchement ne se résume jamais à simplement cocher une case ou à opter pour l’option « qui semble la meilleure ». Faire un choix, c’est un processus. Un cheminement. Et parfois, un vertige.

Parce que choisir, c’est aussi renoncer. Et dans des domaines aussi sensibles que la naissance ou l’accompagnement des vulnérabilités, ce n’est jamais neutre.

Choisir son mode d'accouchement et plus

Le processus de choix concernant l’accouchement, mais aussi la grossesse ou la santé de bébé, ne devrait pas reposer uniquement sur nos intuitions ou notre raison mais bien sur un dialogue entre ces 2 parts de nous-même. On aimerait parfois que ce soit simple de choisir : qu’il suffise de rassembler des faits, de peser le pour et le contre, d’écouter son cœur ou de suivre son instinct. Mais dans la vraie vie, nos décisions sont le fruit d’une alchimie délicate entre :

  • ce que l’on sait (faits, données, expériences…),
  • ce que l’on croit (du fait de notre histoire personnelle, familiale, de notre culture ou même religion)
  • ce que l’on ressent (signes, tension dans le corps, apaisement ou inconfort),
  • et ce que l’on projette (désirs, peurs, loyautés, croyances, représentations…).
 

C’est pourquoi accompagner un choix — qu’on soit parent, patient·e, sage-femme, doula ou autre — suppose de sortir des réponses toutes faites ou de l’étalage de données scientifiques. Cela nécessite de prendre le temps de clarifier ce qui se joue pour la personne, dans la globalité de son être.

Visualiser ce qu’on gagne, regarder en face ce qu’on perd

Une des plus grandes illusions autour du choix, c’est de croire qu’on ne choisit qu’en fonction de ce qu’on espère. Or, un vrai choix s’accompagne aussi d’une rencontre avec la perte : ce que l’on ne vivra pas, ce que l’on renonce à préserver, ce qu’on pourrait avoir à défendre.

Par exemple : certaines sages-femmes, comme moi, avons fait le choix de pratiquer des accouchements à domicile dans un contexte juridique encore incertain. Nous l’avons pour beaucoup en conscience, pas parce que nous sommes inconscientes ou téméraires, mais parce que nous avons exploré les pires scénarios : être radiée, être attaquée, être incomprise. Et nous nous sommes demandé : « Est-ce que je pourrais survivre à ça ? Est-ce que je pourrais me regarder en face si ça arrivait ?”

Ça ne veut pas dire qu’on le souhaite, ni qu’on minimise le risque. Au contraire : c’est parce qu’on l’a regardé en face qu’on peut poser des choix solides, lucides, non pas dans la peur mais dans la cohérence. Cela devrait aller de même, quelque soit notre profession périnatale et où qu’on pense l’exercer, afin de pratiquer à partir d’un endroit confiant et emprunt de discernement.

Du côté des parents, c’est la même logique : choisir un accouchement à domicile, une césarienne sur demande, un refus d’hospitalisation, ou même une posture « hors cadre » peut aussi nécessiter ce même dialogue intérieur. La vraie question à se poser, c’est souvent :

“Et si ça ne se passe pas comme je l’espérais, comment vivrai-je avec ce choix ?” Non pas pour se couvrir ou chercher un coupable, mais pour s’ancrer dans sa responsabilité et sa souveraineté.

Trop souvent, le revirement de choix vient d’un choix non assumé

On le voit : certains choix, a priori assumés, peuvent être reniés quand les choses tournent mal. Il y a alors une recherche de coupable : « on m’a mal informée », « on m’a manipulé·e », « on m’a poussée à… ». C’est d’ailleurs la peur de ce revirement qui conduit tant de soignant.es à ne pas respecter véritablement le droit à choisir qui est pourtant un acquis légal de poids bien supérieur aux recommandations scientifique et protocoles.

D’un autre côté, une famille pourrait réellement avoir été manipulée ou tout du moins embarquée par une personnalité déviante, dans du trop médical autant que du trop naturel, je ne le nie pas. La manipulation comme la pression médicale existent. Mais ce que l’on voit aussi, c’est qu’en prenant le temps de faire un vrai processus de choix, les risques d’être « embarqué·e » au-delà de ses limites diminuent. Car on s’est confronté à soi-même. On a balisé ses zones de confort, de consentement, de désaccord.

Une méthode pour clarifier un choix complexe : le nettoyage mental

Un outil que je trouve précieux et que j’aime transmettre en stage, pour se reconnecter à soi sans être parasité·e par le mental ou les injonctions extérieures, c’est le « nettoyage mental » tel que transmis par Alexis Champion, spécialiste de l’intuition.

Voici comment il fonctionne :

Étape 1 : Poser sa question de manière claire

Par exemple :
« Suis-je alignée avec le choix d’accoucher à domicile ?” ou « Est-ce juste pour moi d’accompagner cette naissance en siège en laissant le choix de position ?”

Étape 2 : Prendre une feuille et créer trois colonnes

  1. Peurs conscientes – tout ce que j’identifie comme peur directe liée à ce choix (ex : peur du rejet, peur de l’échec, peur du jugement, peur qu’il se passe…)
  2. A priori / jugements – toutes les idées reçues, projections ou croyances autour du sujet (ex : « les femmes ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent », « on va me retirer mes enfants », « c’est irresponsable », etc.)
  3. Parasites émotionnels ou mentaux – tout ce qui me perturbe en ce moment, en lien ou non avec le sujet (fatigue, surcharge, colère non digérée, stress d’un autre domaine…).
 

Étape 3 : Une fois ce tableau rempli, prendre un vrai temps d’écoute de soi

Revenir à sa question. Et sentir ce qui, au-delà de tout ce bruit, émerge. C’est souvent là que l’intuition trouve de la place pour s’exprimer, débarrassée des couches de confusion.

Souvent, je propose de refaire l’étape 3 en changeant de place, en allant dans la nature ou à distance pour voir ce qui a bougé. Car une dernière chose à savoir sur le choix, c’est qu’il est évolutif et que c’est essentiel pour qu’il reste justement un choix.

En résumé

Faire un choix pour son accouchement et plus largement sa santé, ce n’est pas avoir raison ni être sûre de soi. Ce n’est pas non plus juste « suivre son cœur ». C’est oser s’exposer à ses propres zones d’ombre, honorer ses limites, regarder en face ce qu’on est prêt·e à porter… ou pas.

Et parfois, cela suppose d’accepter que l’on ne choisira jamais avec 100 % de garanties. Mais qu’on peut choisir en étant présent·e à soi, sincère, lucide, et suffisamment solide pour faire face à ce que la vie nous réserve.

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